Même si Stargate SG-1 reprend directement l’histoire du film de 1994, la série s’éloigne totalement de la vision qu’avaient les créateurs du premier opus. Roland Emmerich, réalisateur du film, n’a d’ailleurs jamais caché son aversion pour SG-1. À ses yeux, elle trahit l’univers qu’il avait imaginé. Lui qui espérait transformer Stargate en une saga cinématographique d’ampleur comparable à Star Wars a toujours considéré la série télévisée comme une entrave à ses ambitions initiales. Pourtant, si le film fut un succès rentable, il n’a pas suscité un phénomène culturel suffisant pour justifier des suites sur grand écran. Alors, à quoi aurait pu ressembler le « vrai » Stargate 2 ?
Même si nous ne connaîtrons sans doute jamais la réponse, il existe cependant des indices à travers une série de romans publiés aux États-Unis (mais partiellement inédits en France). Ces récits, par leur ambition et leur orientation, semblent s’inspirer des grandes lignes tracées par Emmerich et Dean Devlin (le scénariste du premier film). Cinq tomes sont sortis, esquissant autant de suites possibles au premier Stargate, bien avant l’arrivée de SG-1, et dont nous vous proposons ici l’exploration :
Stargate 2 : Rebellion (1995)

Après la chute de Râ (le méchant du premier film), ses anciens lieutenants se disputent le pouvoir. L’un de ces belligérants, nommé Thoth, réveille alors Hathor, l’épouse de Râ, qui reprend son œuvre de domination. Sur Abydos (la planète découverte dans le film), le colonel O’Neil (incarné par Kurt Russell dans le film) est envoyé pour sécuriser des ressources stratégiques, tandis que Daniel Jackson négocie avec les Abydoniens. La tension monte entre humains et habitants locaux, exacerbée par des intérêts militaires et commerciaux.
Sur Tuat, la planète des méchants de l’histoire, Hathor consolide son pouvoir, tue ses rivaux et prépare une flotte spatiale pour conquérir de nouveaux mondes. Entre intrigues politiques, révoltes locales et batailles, O’Neil et Jackson doivent protéger Abydos et ses habitants.
De cette situation de départ, le roman mêle action et stratégie géopolitique flirtant avec la hard SF, tout en posant les bases d’une saga potentiellement plus ambitieuse.
Stargate 3 : Retaliation (1996)

Suite directe de Rebellion, ce tome voit Hathor intensifier sa vengeance contre ceux qui ont défié et assassiné son mari, Râ. Après une série de manœuvres politiques et militaires, le colonel O’Neil et Daniel Jackson (incarné par James Spader dans le film) se retrouvent à repousser des attaques sur plusieurs mondes. Parallèlement, les Abydoniens commencent à prendre conscience de leur potentiel stratégique et militaire.
Sur Terre, les nations alliées, confrontées à ces événements à distance, doivent réévaluer leurs priorités et anticiper les menaces interstellaires. Hathor révèle des secrets sur l’histoire de Râ et ses technologies avancées, forçant les héros à improviser des stratégies inédites qui les mèneront à une première victoire importante contre la méchante de ces suites.
Le roman développe davantage les personnages secondaires et les enjeux politiques, tout en continuant à montrer comment un événement galactique influence les décisions sur Terre. Les confrontations deviennent plus directes, et le lecteur assiste à des batailles spatiales et terrestres dans un récit où science-fiction plus ample.
Stargate 4 : Retribution (1997)

Hathor, affaiblie mais toujours dangereuse, prend la décision de réveiller les Setim, des extraterrestres redoutables mais difficilement contrôlables qui avaient inspiré le dieu Seth. Sur Abydos et d’autres planètes, O’Neil et Jackson doivent gérer à la fois la résistance locale et les nouvelles menaces extraterrestres. La tension monte, alors que les batailles deviennent de plus en plus complexes et meurtrières. Les intrigues politiques sont plus prononcées: la hiérarchie des Abydoniens est remise en question, et les ambitions personnelles menacent l’unité.
Hathor exploite les faiblesses humaines et abydoniennes pour renforcer sa domination. Ce tome met l’accent sur la diplomatie et les stratégies politiques. L’intrigue culmine avec un affrontement majeur qui redéfinit la dynamique de pouvoir dans la galaxie et marque ce qui peut être considéré comme la fin d’un premier cycle, tout en préparant le terrain pour les deux tomes suivants.
Stargate 5 : Reconnaissance (1998)

On découvre qu’Hathor et les Setim sont toujours en vie et trouvent de nouveaux moyens d’étendre leur influence. Au même moment, O’Neil et Jackson mènent une mission de reconnaissance à travers plusieurs mondes pour anticiper les mouvements ennemis. Ils découvrent de nouvelles technologies héritées de Râ et doivent décider comment les utiliser, tout en protégeant les populations locales. Sur Terre, les autorités commencent à comprendre l’ampleur de la menace et développent des stratégies pour intervenir à distance.
Le roman met en avant l’ingéniosité et la capacité d’adaptation des héros face à une guerre asymétrique. Des alliances inattendues se forment, certains personnages secondaires gagnent désormais en importance et en influence. La saga commence à être plus autonome et moins un simple produit dérivé du premier film.
Stargate 6 : Resistance (1999)

Le dernier tome conclut cette saga inédite et très éloignée de SG-1. Ici, Hathor et les Setim intensifient leurs attaques, forçant O’Neil et Jackson à unir toutes les forces alliées pour défendre Abydos et d’autres planètes stratégiques. Des batailles spatiales et terrestres spectaculaires rythment le récit. Les conflits personnels et moraux rythment également l’histoire. Les Abydoniens, autrefois simples peuple désœuvré, sont désormais une nation puissante et respectée, devenant actrice clé dans la résistance contre un ennemi technologiquement supérieur.
Jackson et O’Neil découvrent les dernières vérités sur Râ et ses technologies, exploitant ces connaissances pour renverser le rapport de force. Le roman offre une conclusion satisfaisante, résolvant les arcs narratifs majeurs tout en restant fidèle à l’esprit du film d’origine. En amenant le conflit jusque sur Terre, cette ultime Stargate finit d’ouvrir son univers comme la base d’un futur alternatif et flirte une fois de plus avec la hard SF en tentant d’imaginer comment les nations de la Terre réagiraient à de tels enjeux. Cependant, cet univers profondément marqué par l’imaginaire de Roland Emmerich donne surtout à cette fin des faux airs d’un étrange crossover entre Stargate et Independence Day.


