Après 25 ans d’existence, six saisons, une dizaine de bandes dessinées et un film, Kaamelott est devenu une œuvre aussi tentaculaire que passionnante à décortiquer pour les geeks que nous sommes. Cependant, on se doute bien qu’un projet aussi ambitieux que Kaamelott : Deuxième Volet ne peut se contenter de sa fanbase de passionnés et de quelques curieux pour exister. Et, tout comme le nouveau long métrage d’Alexandre Astier, qui prend la peine d’offrir une expérience de cinéma populaire et ouverte à tous, nous avons choisi de suivre son exemple et de vous proposer une double critique : l’une pour les fans exigeants et l’autre les profanes curieux.
De quoi ça parle :
Le royaume de Logres bruisse d’une rumeur : une nouvelle réunion de la Table ronde va bientôt avoir lieu. La cour de Kaamelott saura-t-elle retrouver sa gloire d’antan avant que les forces du Mal n’aient mis au point leur nouvelle arme de destruction démoniaque ? C’est dans ce contexte électrique que vieux chevaliers et jeunes aventuriers vont bientôt découvrir que ce qui compte, ce n’est pas l’arrivée, mais… la quête!

La critique pour les fans :
Entre ceux qui rêvaient d’un retour fidèle au lore originel, ceux qui souhaitaient voir l’univers avancer, et ceux qui accueillaient avec curiosité les expérimentations d’Alexandre Astier… Le moins que l’on puisse dire c’est que Kaamelott premier volet avait divisé. Quatre ans plus tard le constat est tout autre : en effet Kaamelott – Deuxième Volet devrait offrir aux nombreux fans adeptes du “multi-revisionnage” des épisodes d’antan une sensation de confort immédiat.
En effet, dès que résonnent les trois coups de cor emblématiques, le film plonge le spectateur dans deux heures vingt de scénettes renouant avec l’énergie du format court qui fit le succès de la série tout en les inscrivant dans un récit plus ample (on pense régulièrement à la structure du Livre III). Le parallèle avec les premières saisons est si évident qu’Astier s’en amuse lui-même, glissant une réflexion méta dans la bouche de ses personnages, lors d’une énième dispute entre Arthur et ses beaux-parents.

Cependant, ce confort narratif a un prix : cette première partie du diptyque fait davantage office d’introduction que de véritable aventure. Si l’on sent les promesses d’une suite plus épique, celle-ci reste ici en gestation. Astier compare d’ailleurs son projet à L’Empire contre-attaque, mais la comparaison montre vite ses limites : ici c’est un peu comme si l’on interrompait Star Wars V au moment où Yoda sert une soupe à Luke. On apprend beaucoup, on rit souvent, mais on peine encore à discerner clairement la direction prise par le récit.
Autre bémol : la gestion hasardeuse de la “time line” du film qui alterne des intrigues s’étalant sur plusieurs mois avec d’autres semblant se dérouler sur quelques heures, sans réelle cohérence (pour le moment?) .
Malgré ces réserves, la générosité du film l’emporte haut la main. Plus abouti que son prédécesseur, ce Kaamelott s’avère mieux filmé, débarrassé de certaines expérimentations esthétiques clivantes, et surtout plus ambitieux. Astier embrasse enfin pleinement la dimension fantasy de la légende arthurienne : monstres, démons, magie, artefacts légendaires et contrées étranges envahissent l’écran, pour le plus grand plaisir des fans qui attendaient depuis si longtemps que ses éléments puissent, enfin, s’extraire du hors-champ et des épisodes en bande dessinée.

Parmi les nouveautés marquantes, on retient l’apparition du mage Cole (interprété par Daniel Mesguich), formant avec Merlin et Elias un trio comique savoureux. Leurs échanges, rythmés comme une partition musicale, figurent parmi les moments les plus drôles et inventifs du film. Leurs aventures, oscillant entre exploration de donjons et sortilèges farfelus, offrent le parfum réjouissant d’une partie de Donjons et Dragons dont on a hate de connaître la suite.
En définitive, Kaamelott : Deuxième Volet affine la formule, consolide son univers et corrige les excès du premier opus. Alexandre Astier semble enfin avoir trouvé l’équilibre entre la richesse de son matériau originel et ses ambitions de cinéaste.
La critique pour les profanes :
Après un premier volet dense mais pas toujours accessible aux non-initiés , qui s’efforçait de repositionner les enjeux pour satisfaire à la fois les fans et le grand public, Kaamelott : Deuxième Volet trouve enfin son rythme. Alexandre Astier choisit de puiser dans ce qui a fait le succès originel de la série : une succession de scénettes aux dialogues ciselés, mises au service de la grande légende arthurienne.
Visuellement, le bond qualitatif est indéniable. La direction artistique gagne en lisibilité, la photographie en élégance et la mise en scène en clarté. Astier semble avoir trouvé la bonne distance entre ses envies d’expérimentation et son ambition de cinéaste populaire. Il assume pleinement sa patte d’auteur, reconnaissable entre mille, sans renoncer à offrir un spectacle accessible et fédérateur.

Alors, oui, c’est encore très “oral”, parfois même théâtral, ponctué de silences et de ruptures de ton. Mais c’est du Kaamelott pur jus : une musicalité des dialogues, un rythme à part, qui exige de s’y accorder au risque de vite décrocher. Concrètement, la recette est la même depuis 2004, et jouer les surpris relèverait de la mauvaise foi.
Pour autant, tout n’est pas parfait. Quelques scories subsistent dans cette délicate mutation de la série vers le grand écran. Certains nouveaux concepts et personnages auraient mérité une introduction plus claire — à l’image du scribe incarné par Haroun, dont la présence importante manque de contextualisation. La gestion du temps demeure également perfectible : certaines intrigues s’étendent sur plusieurs mois, tandis que d’autres semblent se dérouler sur quelques heures, dans un même montage parallèle. Enfin, la conclusion, un peu abrupte, ne crée pas vraiment l’effet “cliffhanger” escompté pour une œuvre pensée en diptyque.
Ces réserves restent toutefois mineures face à la générosité de la mise en scène. Astier multiplie les lieux, les personnages et les tonalités sans jamais sombrer dans la confusion. L’ensemble respire mieux, la narration gagne en fluidité et les personnages trouvent une cohérence nouvelle.
En définitive, Kaamelott : Deuxième Volet affine la formule, consolide son univers et corrige les excès du premier film. Plus abouti, plus confiant, il s’impose comme une démonstration d’exigence au sein d’un paysage comique français souvent frileux. Entre deux bons mots et quelques scènes d’une belle ambition, Astier prouve qu’exigence et popularité peuvent cohabiter.
Et pour explorer toujours plus l’univers de la quête du Graal et de Kaamelott, vous pouvez d’ores et déjà précommander à prix réduit notre hors-série spécial sur la légende Arthurienne et Kaamelott juste là.




