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Fantasy: Cette série ultra kitsch de votre enfance était en fait un gros délire BDSM, et on est tous passé à coté.

Si aujourd’hui Sam Raimi est principalement connu du grand public pour deux sagas cultes, la trilogie Spider-Man portée par Tobey Maguire et la trilogie barrés d’Evil Dead, il faut rappeler que le cinéaste a toujours eu une passion dévorante pour la fantasy. Mais chez lui, les récits épiques n’arrivent jamais sans une touche de décalage : Evil Dead 3 oppose ainsi des chevaliers à des zombies dans un château assiégé, tandis que Xena, la guerrière transforme une héroïne pulp en figure lesbienne au destin quasi christique. De fait, beaucoup furent déçus par la très sage et gentiment kitsch série qu’il produisit à la fin des années 2000 : Legend of the Seeker (ou L’Épée de vérité en V.F). Sauf que… à y regarder de plus près, certaines scènes et la genèse même du projet révèlent un sous-texte crypto-érotique à tendance sado-maso qui risque de malmener vos souvenirs nostalgiques.

Épée de vérité et soirée cuir

Diffusée de 2008 à 2010, la série est adaptée de la saga littéraire de Terry Goodkind. On y suit Richard Cypher, un modeste forestier qui découvre être le “Seeker of Truth”, voué à combattre Darken Rahl, aidé par la magicienne Kahlan Amnell et l’excentrique Zedd. Classique en apparence, mais l’imagerie qu’elle convoque mérite un second regard. En effet si Goodkind refuse de se voir comme un simple auteur de fantasy, il dit lui même « Je n’écris pas de fantasy ». Ses détracteurs, eux, dénoncent volontiers son sexisme et une écriture régulièrement “border line”. Dans ses livres, on trouve notamment les Mord-Sith : un ordre de dominatrices en cuir, spécialistes du BDSM, recrutées parmi les jeunes filles les plus innocentes « parce qu’elles ont le plus à perdre ». Et meme si Sam Raimi et le diffuseur vise large et familial et vire du projet la noirceur le BDSM, tout ne disparait pas vraiment…

C’est sans danger…

Car au cœur de ce récit, les Mord-Sith sont toujours bien présentes. Guerrières d’élite en cuir rouge moulant, armées d’instruments de torture aux formes équivoques, elles sont chargées de briser la volonté des hommes. Richard, notre héros, passe ainsi une partie de la série ligoté, fouetté et contraint à la soumission, notamment sous la férule de Denna, sa tortionnaire attitrée. Fait intéressant et révélateur : l’héroïne Kahlan est ce que l’on appelle, dans ce lore, une « Inquisitrice », c’est-à-dire une magicienne qui impose à quiconque elle touche de dire la vérité. Ce principe n’est pas sans rappeler celui de Wonder Woman, dont l’auteur, William Moulton Marston, inventeur du polygraphe et grand théoricien du bondage, voyait dans l’asservissement volontaire une clé de la relation amoureuse. Comme Diana Prince avec son lasso de vérité, Kahlan incarne une figure féminine quasi divine qui arrache les secrets et domine par la contrainte. Legend of the Seeker hérite donc d’un imaginaire où le cuir, les chaînes et l’aveu forcé ne sont jamais bien loin.

Héros au torse huilé et héroïne au généreux décolleté

Reste que la série n’assumait jamais vraiment ce sous-texte, préférant l’enrober d’un emballage kitschissime. Richard, incarné par Craig Horner, exhibe son torse huilé à chaque scène d’action, tandis que Bridget Regan (Kahlan) se bat dans des robes immaculées aux décolletés spectaculaires. Le cast est d’ailleurs régulièrement rejoint par de nouveaux personnages féminins, toujours moins frileux, et le grand méchant Darken Rahl perd rapidement son long manteau rouge au profit d’un petit gilet de “Chippendales” permettant de contempler ses muscles saillants et son torse de membre de “Boys Band”. L’ensemble donne souvent aux scènes de la série de faux airs de couverture de roman Harlequin version heroic fantasy. Les dialogues emphatiques, les ralentis façon 300 et les effets spéciaux déjà datés parachèvent une esthétique en carton-pâte, ringarde dès sa diffusion.

C’est pas du tout ce que vous croyez!

À mi-chemin entre Xena et une pub pour shampooing médiéval, Legend of the Seeker hésite constamment entre héroïsme pur et romance cheap. Cependant… c’est aussi précisément dans cette maladresse que réside aujourd’hui son charme : celui d’un best-of maladroit des années 1990, mais sorti dix ans trop tard. Un mélange involontaire de clichés épiques et de fantasmes cuir-latex, dissimulé sous un vernis familial et faussement naïf, toujours à deux doigts de se craqueler au service d’une intrigue oscillant entre le plus mauvais épisode de Young Hercules et 50 Shades of Grey.

On rappelle à toute fin utile que ces images sont issues d’une série visant un public familial.
Youri Gone
Rédigé par Youri Gone

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