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Alien Earth: Les auteurs sont-ils, vraiment, nuls en SF ?

La science-fiction est un genre qui a une histoire et ses piliers. Il a aussi ses gardiens du temple. Il est toujours agaçant de voir des concepts assimilés depuis longtemps pris par-dessus la jambe par des scénaristes ou des producteurs, quitte à se tromper de cibles.

Les trois autres lois de la Science Fiction

Dans l’épisode n°4 d’Alien Earth, la série diffusée sur Disney+, le personnage de Boy Kavalier, présenté comme un jeune génie, cite un grand auteur de SF. Sa start-up Prodigy s’est hissée à la hauteur des énormes conglomérats qui se sont partagés l’exploitation de la Terre et du Cosmos, Weyland Yutani en tête. Il peut se permettre de manquer de respect à ses égaux en faisant fi de toutes convenances. Mais sa citation, à propos d’une technologie suffisamment avancée qui devient indistinguable de la magie, il l’attribue, étonnement, à Isaac Asimov. Une erreur, qui fait bondir les spectateurs avertis puisqu’ il s’agit en fait de la troisième loi d’Arthur C. Clarke, l’auteur de 2001, L’Odyssée de l’espace et de Rendez-vous avec Rama (bientôt au cinéma, on l’espère).

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Il y a cependant matière à se tromper : Asimov et Clarke ont tous deux édicté trois lois importantes pour la SF, quoique de natures différentes. Les lois d’Asimov concernent la robotique et s’appliquent explicitement dans son Cycle des Robots. Il s’agit d’un code inscrit à la fabrication dans le cerveau positronique de ses machines. En l’état, elles ne sont d’ailleurs probablement pas applicables en réalité. Les lois de Clarke, elles, sont d’une autre nature.

Ces lois de Clarke ont rapport à la façon dont fonctionnent la science et le possible. Parce qu’il est auteur de science-fiction, on les applique généralement à ce genre précis, mais elles ont une portée plus générale et s’appliquent aussi à notre réalité. La première, par exemple, stipule ceci : “Quand un savant reconnu mais vieillissant estime que quelque chose est possible, il a presque certainement raison; mais lorsqu’il déclare que quelque chose est impossible, il a très probablement tort.”

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Les Musckerbergs du futur

Revenons-en donc à notre Boy Kavalier et à sa citation. Il pourrait s’agir d’un simple moment de distraction de la part d’un auteur. Ces choses-là arrivent. Pourtant, c’est peu probable. Qu’on aime ou pas l’approche souvent bizarre de Noah Hawley, le showrunner, il sait ce qu’il fait. Il se débat avec des contraintes de production, de licence et autres, ce qui l’amène parfois à des choix discutables, mais il sait apparemment de quoi il parle. Or, ce qui pourrait sembler être un détail insignifiant résonne d’autant plus que nous vivons à une époque de grands patrons de l’économie numérique se prenant tous pour des génies au prétexte qu’ils ont eu le nez creux à un moment ou une bonne mise de base. Une bonne partie d’entre eux s’affichent avec un vernis de culture Geek et SF. Mais ils semblent en avoir une lecture pour le moins à contre courant, voire dévoyée.

Prenons par exemple Palantir, la société, bien réelle, de surveillance logicielle de Peter Thiel. Elle tire son nom des boules de cristal du Seigneur des Anneaux, qui sont l’un des instruments du maléfique Sauron pour asservir les hommes. L’avantage, au moins aux yeux du geek averti, c’est que le message est clair. Dans un autre genre, pas si éloigné, lorsque Donald Trump se fait représenter avec un sabre-laser pour la journée Star Wars du 4 mai, celui-ci est rouge; encore une fois, on affiche clairement la couleur. La Servante écarlate, écrite en son temps pour servir d’avertissement, semble être devenu un manuel pour les trumpistes, et certains spectateurs de The Boys se demandent pourquoi le Homelander semble subitement être devenu le méchant.

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C’est donc dans ce contexte qu’il faut essayer de comprendre la figure de Boy Kavalier, le petit génie présenté par Alien Earth. Le personnage est capable de réciter par cœur des passages entiers de Peter Pan, une œuvre dans laquelle il se projette à sa façon. C’est sa référence perpétuelle mais peut-être tronquée et influencée par la lecture qu’en avait, au hasard, un certain Walt Disney. Pour citer un auteur d’un tout autre genre, en l’occurrence Thomas d’Aquin : « je crains l’homme d’un seul livre ». Ainsi, la citation mal attribuée de Boy Kavalier n’est donc peut-être pas une erreur, mais un message, une manière de rappeler qu’il est facile de parler à coups de citations en les détournant de leur sens, voire sans les comprendre vraiment.

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Alex Nikolavitch
Rédigé par Alex Nikolavitch

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