La science-fiction se porte bien sur nos écrans et Hollywood est pris d’une frénésie d’adaptations des classiques du genre. Après Dune, avant Rendez-vous avec Rama, voici que déboule la troisième saison de Fondation sur Apple TV, une plateforme qui a besoin de licences fortes. Était-ce la bonne, toutefois ?

Fondé de pouvoir
Foundation est adaptée du célèbre cycle d’Isaac Asimov, auteur de SF de l’âge d’or, l’un des « fondateurs », quasiment, du genre. Il peut sembler surprenant qu’il ait fallu attendre plus de 70 ans pour le voir porté à l’écran. Maintenant que c’est chose faite, on peut déjà faire un petit bilan et se poser une question cruciale : cette œuvre était-elle faite pour la télé ? Que les plateformes de 2025 ne peuvent adapter de façon fidèle des nouvelles datant des années 1950, c’est une évidence : ce qui était une nouveauté à l’époque a été depuis complètement digéré et recyclé.
Une cité-monde comme Trantor, par exemple, a depuis été dépassée par Coruscant dans Star Wars. L’ambition temporelle du plan Seldon par la vision du futur de Paul-Muad’dib et ainsi de suite. Une nécessaire mise à jour s’impose, d’autant que la SF de l’époque mettait surtout en scène des mâles blancs. Diversifier le casting est ici complètement logique et va de soi.
Faire du neuf avec du vieux
De fait, pour muscler son propos,Foundation version Apple TV aligne des idées qui n’étaient pas présentes dans les textes d’origine, comme la dynastie génétique ou l’ascenseur orbital. La série parvient assez agréablement à surprendre les vieux fans et c’est à mettre à son crédit. David Goyer, le showrunner, est un vieux briscard d’Hollywood, il connaît les recettes qui captent le public. Notons également qu’il vient du super-héros, il était même derrière une version de Nick Fury avec David Hasselhoff. La pop-sf, il gère. Le problème, c’est le fond.

Hors Sujet
Le sujet de Foundation, c’est une manière de planifier le futur par la statistique, penser en termes de grandes masses humaines et les modéliser mathématiquement. Asimov, en sont temps, écrit que Hari Seldon, le scientifique inventeur de cette « psycho-histoire », s’est inspiré de la mécanique des fluides, qui ne se préoccupe pas des molécules individuelles mais de flux, de paramètres de pression et de température pour prédire le comportement des liquides et des gaz. D’une certaine façon, c’est presque une approche marxiste. L’individu, là-dedans, compte assez peu.
Dans une industrie hollywoodienne construite sur le star-system et sur des licences à protagonistes très identifiables, un tel concept est une difficulté insoluble. C’est simple, des producteurs et scénaristes hollywoodiens sont capables de comprendre chacun des mots composant l’idée, mais pas l’idée elle-même. Dans la première saison, Seldon dit et répète que ce sont les forces historiques l’important, mais la mise en scène passe son temps à tricher pour mettre en avant des personnes qui influent directement sur l’évolution des événements.

Un clone, un androïde et un hologramme entrent dans un bar…
Arrivé au début de la troisième saison, trois-cents ans se sont passés depuis le premier épisode. Le scénario recourt à des astuces pour garder quelques personnages comme fils conducteurs durables : les empereurs clonés et le robot Demerzel, d’une part (saluons la performance de Lee Pace, capable d’imprimer de la nuance à chaque itération nouvelle), l’hologramme de Seldon de l’autre (émanant d’une IA, contrairement à sa version des romans), mais aussi de façon bien plus artificielle la congélation de Gaal Dornick, ou le clone de Seldon qui dédouble, voire triple le personnage.
La trilogie de romans Foundation a marqué en son temps parce qu’elle sortait des codes pulp du space-opera très héroïque à la Van Vogt ou E.E. Doc Smith. Hollywood et les plateformes, par construction, ne sont plus capables de comprendre de ce qui en fait la spécificité…


