Otomo, Miyazaki, Tezuka, Toriyama… Autant de noms qui résonnent immédiatement dans le cœur des millions de fans de manga comme de japanimation. Évidemment, dans ce domaine comme dans d’autres, nombreux sont aussi les auteurs qui ont créé des œuvres bien plus grandes que leur nom et qui sont aujourd’hui un peu oubliés. Cependant, cela devient bien plus injuste quand ces auteurs sont derrière une pléthore de titres à succès et que leur nom continue à être autant oublié que celui de cet auteur…
La reine du manga
Surnommée “la reine du manga”, Rumiko Takahashi, est une autrice dont la carrière défie le temps. Depuis la fin des années 1970, elle tisse des histoires originales et universelles qui ont conquis des millions de lecteurs et spectateurs à travers le monde. De fait, elle est aujourd’hui l’une des artistes les plus influentes et les plus riches du Japon; mais paradoxalement son nom reste encore méconnu du grand public.
Son ascension commence en 1978 avec Urusei Yatsura, plus connue en France sous le nom de Lamu. Cette comédie romantique délirante mêlant science-fiction et folklore japonais met en scène l’extraterrestre Lamu et le malchanceux Rony. Diffusée en France dans le célèbre Club Dorothée dès 1988, Lamu a offert à toute une génération son lot de fous rires et d’aventures absurdes le tout dans une atmosphère baigné d’un érotisme diffus qui troubla plus d’un jeune spectateur. Puis vient Juliette je t’aime, adaptation du manga Maison Ikkoku, qui débarque à son tour sur TF1 en 1988. Les téléspectateurs suivent alors les tribulations amoureuses de Juliette et Hugo, entre quiproquos, rivalités et tendresse. Cette série plus intimiste confirme cependant l’obsession de Takahashi à parler d’amour et de sentiments de contrarié entre des personnage qui sont toujours les jouets d’un destin gentiment compliqué.

Enfin, en 1992, c’est Ranma ½ qui s’impose dans les foyers français. Cette série loufoque et inventive, dans laquelle le héros change de sexe au contact de l’eau froide, mêle arts martiaux, romance et humour absurde. Avec Ranma ½, Takahashi bouscule les codes du shônen et du genre en général, offrant aux adolescents des années 1990 un divertissement décomplexé et irrévérencieux. Plus improbable encore, sous ses airs badins et presque innocents, Ranma aborde des thèmes comme la confusion entre appartenance et identité, avec une radicalité qui semble avoir 40 ans d’avance sur les débats que de tels sujets peuvent soulever.
Et pourtant… Malgré ces succès retentissants, Rumiko Takahashi reste étonnamment discrète. Ni figure médiatique omniprésente, ni star du petit écran, elle laisse ses œuvres parler pour elle. Pourtant, peu d’auteurs ont su traverser ainsi les époques et toucher autant de générations, en particulier en France, où son influence s’est enracinée grâce à l’émission culte Club Dorothée.

Netflix et la deuxième vie de Ranma
Étonnamment, malgré la popularité de ses séries, le nom de Rumiko Takahashi reste souvent éclipsé par ceux de ses confrères masculins comme Toriyama. Pourtant, son impact est indéniable, et la France a su le reconnaître. En 2019, le prestigieux Festival d’Angoulême lui rend hommage en lui décernant le Grand Prix, une distinction réservée aux plus grands auteurs de bande dessinée. Ce prix rappelle l’importance de Takahashi dans l’histoire du manga, mais aussi le paradoxe: même en France, toute son œuvre n’est pas encore célébrée à sa juste valeur. Combien savent, par exemple, que Inuyasha, immense succès mondial, lui doit son existence ? Combien connaissent ses œuvres plus confidentielles, au-delà des adaptations animées populaires ?

Heureusement, les choses évoluent. Le remake récent de Ranma ½, diffusé sur Netflix, connaît un succès considérable. Cette nouvelle version, fidèle à l’esprit de l’œuvre originale tout en la modernisant, permet à de nouvelles générations de découvrir les péripéties hilarantes de Ranma et Akane (Adeline pour les plus nostalgique d’entre vous). Mieux encore, la bande-annonce de la très attendue deuxième saison vient d’être révélée, confirmant l’enthousiasme intact autour de cette série culte qui a réussi a su, immédiatement, retrouvé un public auprès d’une nouvelle génération.

Ce regain d’intérêt prouve que l’œuvre de Takahashi ne vieillit pas. Son humour, sa fantaisie et ses personnages inoubliables continuent de séduire, preuve que son génie créatif n’a rien à envier à celui d’Akira Toriyama , Eiichiro Oda ou encore Masashi Kishimoto et autres légendes du manga. Il est temps que Rumiko Takahashi soit reconnue à sa juste valeur: celle d’une pionnière et d’une icône du manga mondial.



