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Les mangas ont-ils, vraiment, été inventés par Tezuka ?


Il est considéré unanimement comme le dieu vivant du manga, le patron, le parrain. Le créateur d’Astroboy aurait à son actif 400 volumes et 150,000 pages. Et surtout, aux yeux de beaucoup, c’est lui qui aurait inventé la bande-dessinée au Japon. Objection.

Tous les codes du manga moderne sont déjà là chez Tezuka


Des ancêtres rigolos

La date de naissance officielle du manga, c’est 1947 avec La nouvelle île au trésor, par le jeune Osamu Tezuka, 19 ans. Ce faisant, il montre la voie à toute une profession dont il est le plus éminent et le plus prolifique représentant jusqu’à sa mort en 1989.

Son métier jusqu’alors, c’est le yonkoma, une bande humoristique publiée dans le journal, généralement 4 cases présentées verticalement, lorsque le comic strip américain ou européen est plutôt à l’horizontale. Si le manga, c’est « la bande dessinée japonaise », alors Tezuka est déjà techniquement un mangaka avant même d’avoir inventé le manga ! D’autant que le yonkoma est un format qui existe depuis 1902.

Pire encore, il a existé entre 1931 et 1941 une bande à suivre, Norakuro, créée par Suihō Tagawa, racontant les aventures et mésaventures d’un chien noir anthropomorphe devenu soldat. Jouissant d’une forte popularité en son temps, il est probable que Tezuka l’ait vue. Elle redémarre d’ailleurs par la suite, lorsque le manga moderne se répand dans les années 1950.

Oui, c’est le même mec qui avait fait la Grande Vague


Les mangas d’avant le manga

Quant au mot lui-même, il est encore plus ancien, forgé par rien moins que Hokusai, célébrissime créateur d’estampes. Aux alentours de 1800, il utilise le mot pour évoquer ses caricatures prises sur le vif de ses contemporains : « images dérisoires », en japonais, « manga ». Tout comme Tezuka, Hokusai produit d’ailleurs une Vie de Bouddha, une série d’images en séquence accompagnant un texte succinct. Pas encore exactement une bande dessinée, mais on n’en est pas très loin.

Notons que le mot manga, avec sa connotation amusante, gêne quelques mangakas des années 1960 qui créent alors le « gekiga » ou « images dramatiques » pour désigner des bandes plus sérieuses ou au traitement plus adulte, graphiquement plus élaborées. Le mot ne prend pas vraiment et on continue à parler de manga même pour désigner les œuvres les plus sombres comme les outrances ténébreuses d’un Junji Ito. D’ailleurs, la même mésaventure est arrivée aux « comics » américains, qui n’ont pas toujours grand-chose de comique comme le notait un certain docteur Wertham dès les années 1950.

Tezuka aussi a montré qu’il savait faire du contemplatif à décors détaillés


On ne crée jamais à partir de rien


Le manga, c’est donc avant Tezuka, et la bande dessinée japonaise aussi. Alors, Tezuka aurait-il menti ? Est-il un escroc ? Bien sûr que non. Tout grand créateur bâtit avec les outils légués par les générations précédentes et il n’y fait pas exception. Le travail acharné qu’il mène pendant trente ans démontre d’ailleurs son talent. Son Île au trésor est diffusée et réimprimée dans un Japon d’après-guerre où les bandes publiées dans la presse entre 1900 et 1945 ne sont plus accessibles, il sert donc de première source d’inspiration à toute une génération. L’auteur montre une manière de raconter des histoires, bien plus ambitieuse qu’une simple bande en quatre cases et développe des codes narratifs appropriés. Son approche de la narration est plus fluide, plus dynamique, son dessin plus expressif. Les grands yeux du manga, c’est lui. Il admet avoir chipé l’idée aux cartoons de Walt Disney, dont l’entreprise se vengera plus tard : Le roi lion est un piratage éhonté du Roi Leo, un manga d’un certain… Tezuka !

Ouais, ils ont fait l’effort de changer la couleur quand même


Alex Nikolavitch
Rédigé par Alex Nikolavitch

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