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Fantasy : Ce film était fou, mais il est aujourd’hui presque introuvable

Dans le monde foisonnant de la fantasy, certains films semblent tout droit tombés d’un rêve fiévreux. Des œuvres rares, audacieuses, parfois incomprises, qui marquent durablement l’imaginaire des spectateurs chanceux qui ont pu les découvrir. The Spine of Night est de ceux-là et pourtant encore top peu de fan du genre le connaissent:

Ha ! Il va falloir faire quelque chose pour la 27, monsieur.

Dark fantasy en rotoscopie

Avant que les effets numériques n’envahissent les écrans, certains cinéastes cherchaient des techniques hybrides pour donner vie à des univers inaccessibles à leur époque. L’animation par rotoscopie, qui consiste à redessiner image par image sur des prises de vues réelles, fut l’un de ces ponts entre rêve et cinéma. Ralph Bakshi l’avait déjà utilisée dans Le Seigneur des Anneaux (1978) ou Fire and Ice (1983), pour tenter d’incarner une fantasy plus adulte, plus brute, plus étrange et surtout plus spectaculaire que ce qu’il était possible de faire à l’ère que l’on qualifiera de pré-Jurassic Park.

C’est dans cette approche très artisanale, pour ne pas dire rudimentaire, que s’inscrit The Spine of Night, œuvre passionnée née de l’alliance entre Philip Gelatt (Europa Report, Love, Death & Robots) et Morgan Galen King, déjà auteur d’un court-métrage en rotoscopie, Exordium. Ensemble, ils décident de réapproprier cette technique de travail pour réaliser leur idée d’épopée animée aussi unique qu’étrange, invoquant les délires de leur prestigieux prédécesseur afin de proposer une histoire où se mêlent dark fantasy et hallucinations visuelles flirtant avec les excès d’une mauvaise descente de champignon hallucinogène.

Riders on the storm…

Produit avec un budget microscopique et dessiné à la main sur sept longues années, le film voit malheureusement le jour en pleine pandémie et doit faire ses armes à travers une série de projections lors de festivals plus ou moins confidentiels. Et pourtant, malgré sa sortie ultra-limitée, il s’impose vite comme un ovni génial aux yeux des chanceux qui le découvrent : une fresque violente, baroque et mystique, portée par un casting vocal tout droit sorti d’un rêve de geek ayant grandi à l’ombre des enseignes de vidéoclubs, avec notamment Lucy Lawless (Xena), Richard E. Grant (Dracula, Hudson Hawk), et Patton Oswalt (Ratatouille, Touche pas à mon périscope ((oui, ce film existe)).

Le meilleur de la dark fantasy en un film

The Spine of Night ne fait aucun compromis. Dès les premières minutes, on y découvre un monde en ruine, des dieux morts, une magie organique et dévorante, et des cycles cosmiques aussi cruels qu’infinis. On y suit Tzod, sorcière ressuscitée par une fleur mystique, qui remonte aux origines d’une malédiction millénaire. L’histoire explore des concepts métaphysiques vertigineux : transmission du pouvoir, corruption des idéaux, mémoire cosmique; le tout baignant dans un imaginaire aussi noir qu’hypnotique.

Croyez moi c’est pas du Michel Ocelot.

Avec ses décors oniriques et sa violence frontale, le film convoque à la fois Frank Frazetta, Moebius et Lovecraft. Son récit en spirale, où chaque époque se corrompt et où chaque porteur de savoir devient à son tour gardien du secret, piégé par la gravité du réel, ne ménage pas le spectateur. On se retrouve très proche d’une exigence que seuls certains romans très confidentiels consacrés au genre proposent. Rarement la fantasy portée à l’écran n’aura été aussi désespérée, sublime et cruelle à la fois.

Malheureusement, The Spine of Night est aussi victime de son audace. Boudé par les distributeurs français, il n’est sorti ni en salles ni sur les plateformes. Il n’est aujourd’hui visible en France que via un magnifique coffret physique édité par Extralucide (), presque en catimini. Une perle cachée, exigeante, radicale, forcément très geek et donc précieuse. Car The Spine of Night n’est pas un simple film d’animation pour adultes : c’est un manifeste, une lettre d’amour aux récits épiques d’antan, et une preuve que la fantasy, même sans millions de dollars, peut encore oser ce que le cinéma mainstream n’ose plus.

Seul moyen de le trouver France.

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Youri Gone
Rédigé par Youri Gone

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