Il existe des phénomènes littéraires qui semblent surgir de nulle part et qui, avant même leur première adaptation à l’écran, ont déjà réussi à fédérer une communauté de fans considérable. Dungeon Crawler Carl appartient clairement à cette catégorie. La saga de Matt Dinniman s’est transformée en véritable phénomène, au point de générer des adaptations en comics, un jeu de rôle et désormais une série télévisée produite par Peacock. Pourtant, l’ampleur du raz-de-marée qui se prépare semble encore difficile à mesurer pour les médias traditionnels.

Un phénomène littéraire particulièrement difficile à adapter
La situation de Dungeon Crawler Carl n’est pas sans rappeler, à une autre époque, celle de Game of Thrones avant son arrivée sur HBO. Une œuvre portée par une communauté extrêmement investie, mais dont le potentiel auprès du grand public restait encore largement sous-estimé. Sauf que Dungeon Crawler Carl possède une particularité supplémentaire : la saga est devenue l’un des symboles du LitRPG, un genre qui transpose les mécaniques du jeu vidéo dans la littérature. Pour certains de ses lecteurs les plus investis, elle en est même l’œuvres réellement fondatrices.
Sur ce point le débat reste d’ailleurs ouvert. En effet, Le genre possède de nombreux précurseurs, et Ready Player One, avec son obsession pour les mécaniques vidéoludiques, constitue probablement l’un des exemples les plus célèbres ayant contribué à populariser ce style, bien particulier, auprès du grand public. Quoiqu’il en soit et au delà de ce débat, il est évident que la saga de Matt Dinniman occupe aujourd’hui une place particulièrement singulière dans ce mouvement. De fait, son principe même d’écriture constitue un véritable casse-tête pour Hollywood.

Le salut pourrait venir d’une véritable adaptation
Lorsqu’on connaît l’incapacité et l’obstination maladive d’Hollywood à adapter des œuvres pourtant réputées « inadaptables », il y a donc de quoi être inquiet pour ce pauvre Carl. Comment transposer à l’écran une histoire qui repose autant sur les mécaniques du jeu vidéo, son humour, sa narration et son mélange improbable entre satire, aventure et violence ? La série devra notamment préserver l’équilibre entre le comique totalement absurde de son concept et la gravité de son apocalypse; le genre de grand écart que peu de productions américaines arrivent à réussir sans dommages (d’ailleurs , qui, à part certains épisodes de South Park?). Mais le défi pourrait également représenter une formidable opportunité. Plutôt que de chercher à reproduire mécaniquement les romans, les scénaristes pourraient accepter de sacrifier une partie du matériau original afin de construire une véritable œuvre télévisuelle.
C’est précisément ce genre de pari qui a permis à certaines adaptations de fonctionner auprès des lecteurs comme des nouveaux venus. Harry Potter, Dune ou, surtout, l’extrêmement maligne adaptation du Seigneur des Anneaux par Peter Jackson ont toutes compris qu’une adaptation réussie ne consiste pas nécessairement à tout conserver. Matt Dinniman lui-même a reconnu que certains éléments devraient disparaître ou être modifiés pour la série, à condition de préserver le ton et l’histoire, ainsi que les personnages de Carl et Donut. Ainsi , si c’est vraiment là que se trouve la clef de Dungeon Crawler Carl, Peacock ne devra pas seulement adapter les romans : il devra comprendre ce qui a fait sa singularité au-delà de ses innovations… On souhaite aux auteurs qu’un chat parlant désabusé vienne leur souffler de bons conseils.




