C’est l’une des nombreuses surprises du récent Superman par James Gunn, la présence du Green Lantern dont personne ne veut, fidèle à sa version de papier jusqu’à sa coupe au bol ridicule : Guy Garner. Itinéraire d’un enfant terrible des comics.
L’Éternel numéro 2 des Green Lantern
Les Green Lanterns, dans les DC Comics, ce sont les policiers de l’espace, porteur d’un anneau focalisant leur volonté, réputé l’arme la plus puissante de tout l’univers. Ils apparaissent en 1959 etsont nettement inspirés d’une série de l’ère Pulp, les Fulgur/Lensman d’E.E. Doc Smith, également adapté en manga et anime au Japon dans les années 1980. Le Green Lantern terrien de référence, c’est Hal Jordan, apparu en 1959, celui que Ryan Reynolds refuse désormais d’incarner, mais il y en a eu d’autres, dont John Stewart, Kyle Rayner et celui qui nous intéresse aujourd’hui, Gardner.

Le drame de Guy Gardner, l’un des rares humains à porter l’anneau, apparu dans les comics en 1968, c’est qu’au moment de nommer un remplaçant au Green Lantern du secteur 2814, c’est qu’il est un peu plus loin que Hal Jordan. C’est donc ce dernier le titulaire. Gardner en concevra du ressentiment. Plus forte tête que son prédécesseur, il est développé dans les années 1980 comme un « jerk », notamment dans la série Justice League International où son comportement abrasif et ses prises de bec avec Batman deviennent un ressort comique récurrent.
On est tous le con d’un autre
La façon dont le définit Nathan Fillion, qui l’incarne dans Superman, c’est « Le Green Lantern que vous n’avez pas forcément envie de voir voler à votre secours, mais celui que les Gardiens de l’Univers vont envoyer faire les sales boulots. » L’acteur s’est d’ailleurs démené pour conserver la coupe de cheveux iconique du personnage. On sent qu’il se régale en jouant ce personnage imbu de lui-même, déplaisant et, n’ayons pas peur de le dire, totalement odieux parce que totalement dépourvu du charme d’un Tony Stark qui rattrape ses mauvais côtés.

Guy Gardner ne peut que diviser, il est conçu pour. Pourtant, il demeure un héros. Les critères de recrutement des Green Lantern sont simples : les candidats doivent faire preuve d’une volonté de fer et ne pas connaître la peur. D’un côté, c’est une définition de l’héroïsme classique, mais le revers de la médaille peut se résumer ainsi : il y a des gens qui n’ont peur de rien, mais pour d’autres raisons. « Les cons ça ose tout », résumait en son temps un autre personnage connu pour son caractère approximatif. Gardner, c’est celui qui fonce dans le tas, y compris un très gros tas de type kaiju.
Alors, connard ou pas ? Même les auteurs des comics ne sont pas toujours d’accord là-dessus. Tout est question de perception et de définition. Accordons-nous sur le fait que le personnage est au moins rugueux. Dans les années 1980, à l’âge d’or des héros reaganiens bas du front, Guy Gardner avait un sens précis, une intention parodique évidente.Mais entre les mains d’auteurs qui savent le manier, et Gunn a prouvé avec Peacemaker qu’il appréciait de jouer avec ce genre de profils, il pourrait surprendre et devenir touchant à l’occasion. Affaire à suivre, donc.



