Dans les années 1980, l’horreur explose au cinéma et dans les vidéoclubs, et les icônes du genre telles que Freddy Krueger ou Jason Voorhees commencent à envahir le monde du jeu vidéo. Au même moment, un projet plus ambitieux et mystérieux voit le jour : adapter Hellraiser, le film culte inspiré de l’univers cauchemardesque de Clive Barker, sur la première console de salon estampillée Nintendo : la NES. Si le jeu a bien été annoncé, il disparaît rapidement des radars et n’atteindra jamais les rayons des magasins. Ce Hellraiser disparu nourrit alors l’imaginaire des joueurs pendant des décennies, devenant l’une des légendes urbaines les plus persistantes de l’histoire vidéoludique.
Hellraiser, monstre star des 80’s
Sorti en 1987, le premier film Hellraiser choque autant qu’il fascine. Loin des slashers classiques qui pullulent à l’époque, le film explore la douleur, la chair et la damnation avec une esthétique baroque et provocante. Face au succès des films d’horreur et à l’engouement des fans, il semble naturel qu’un studio tente d’adapter cette œuvre à la NES. Le studio Color Dreams, connu aux États-Unis pour ses jeux hors licence compatibles avec la console de Nintendo, se lance dans le projet.

Dan Lawton, cofondateur, acquiert les droits pour environ 40 000 dollars. Très vite, l’histoire se complique. Les joueurs des années 1980 entendent parler du jeu dans des magazines spécialisés et aperçoivent quelques images de Pinhead. La rumeur enfle : le jeu existe bel et bien, mais Nintendo aurait freiné sa sortie, effrayé par son contenu. Pour beaucoup, ce Hellraiser vidéoludique devient un mythe, un projet maudit qui échappe aux rayons des boutiques et alimente les discussions des passionnés.
Cenobite en 8 bits
Loin de la légende urbaine, la réalité est tout autre. Les développeurs de Color Dreams ont vu trop grand : la NES n’est pas conçue pour rendre justice à des idées aussi sombres et complexes. Pour contourner ces limites techniques, ils développent la Super Cartridge, une cartouche spéciale intégrant un processeur Z80, capable de booster les capacités de la console. Cette technologie aurait permis de manipuler l’image en temps réel, de créer des arrière-plans animés, de zoomer et dézoomer, et de donner l’illusion de plus de couleurs que la NES ne pouvait en afficher. Le jeu aurait proposé une approche de type FPS, un genre presque inexistant à l’époque, où le joueur explore la boîte maudite de Lemarchand, modifie sa configuration et affronte les Cénobites, avec pour ultime objectif d’affronter Pinhead avant de résoudre le puzzle à l’envers pour renvoyer les démons dans leur dimension.

Mais la réalité économique et technique est implacable. La plupart des jeux inspirés de monstres célèbres, Freddy ou Jason, ont donné lieu à des titres médiocres ou catastrophiques, ce qui aurait pu ternir l’image de Hellraiser. À cela s’ajoutent le coût de fabrication élevé de chaque cartouche, la difficulté de distribuer un titre non licencié et l’arrivée imminente de la Super Nintendo. Le projet, presque terminé, est finalement abandonné. Quelques visuels parus dans des revues spécialisées alimentent alors la légende du jeu maudit et disparu. Aujourd’hui encore, chaque image retrouvée sur le net déclenche mille discussions de fans, entre fascination et nostalgie, autour de ce fantôme vidéoludique.



